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Selon le professeur, certains milieux font pression pour ne pas toucher à l’image de la Suisse. Dans 24Heures, Jean-François Bergier raconte le changement d’attitude du milieu politique à l’égard de sa commission.

LES FAITS

«Au départ nous étions des sauveurs. Puis nous sommes devenus des dérangeurs», explique Jean-François Bergier, qui a donné son nom au rapport concernant le rôle de la Suisse durant la Seconde Guerre mondiale. Le professeur d’histoire confirme un changement d’atmosphère durant les cinq ans qu’ont duré les travaux de la commission qu’il a présidée. Qu’en est-il aujourd’hui? «Des groupes pas très nombreux, mais bien organisés, exercent toujours des pressions pour empêcher la diffusion de nos recherches.»

Jean-François Bergier prend pour preuve la publication problématique du livre de Pietro Boschetti, présenté aujourd’hui à Prangins.

Le site Histoire Géographie Créteil – La traite des Noirs en 30 questions par Eric Saugera sera utile pour tout enseignant souhaitant traiter de la question de l'esclavage en général, mais également relativement au rôle de Suisse dans l'esclavage.

Nous reproduisons à la suite, à titre d'exemple, la réponse à la Question : “Quelle Europe négrière?”

“La plupart des nations européennes ont été plus ou moins concernées par le phénomène négrier selon qu’elles ont armé des navires ou qu’elles ont borné leur rôle au financement ou à la constitution des cargaisons et des équipages. Considérant la seule traite par l’Atlantique, trois pays se détachent nettement dans la première catégorie en totalisant 89,9 % des expéditions : l’Angleterre vient largement en tête avec 41,3 %, suivie du Portugal et de la France avec respectivement 29,3 % et 19,2 %. Il reste des miettes pour les nations du Nord : 5,7 % pour la Hollande, 1,2 % pour le Danemark. (Quant aux 3,2 % qui manquent pour faire le compte, ils appartiennent à l’Amérique.) Un pays européen de poids ne figure pas dans ces statistiques : l’Espagne. Sa Majesté Très Catholique, dont les colonies américaines consommaient pourtant beaucoup d’esclaves, en concédait le monopole du commerce à d’autres plutôt qu’à ses sujets. Grâce à un privilège ou contrat dit de l’Asiento, les Génois, les Portugais, les Hollandais, les Français, les Anglais et les Basques enfin, se succédèrent dans le transport des captifs à destination des possessions espagnoles. D’autres pays ne figurent pas davantage pour la raison que leur participation fut de portée moindre voire anecdotique, ainsi la Flandre, la Prusse, la Norvège, la Suède ou encore la Russie. Tout pays ayant une façade maritime et un peu d’ambition coloniale était à même d’avoir une impulsion négrière. Mais il y en avait d’autres. Un pays comme la Suisse compensait son handicap géographique par la densité de son réseau commercial européen. De grandes sociétés implantées à Neuchâtel, Genève ou Bâle avaient des filiales dans les grands ports comme Nantes et Bordeaux et elles entretenaient des relations étroites avec les firmes et les banques d’origine protestante. Quand les négociants suisses n’armaient pas eux-mêmes, ils investissaient ou fournissaient des textiles appropriés à la traite. Manufacturer des articles pour la traite était une manière indiscutable de participer au trafic négrier. De ce point de vue, la liste n’en finirait pas de toutes les villes et régions concernées : fusils à Saint-Étienne, Liège ou Birmingham, sabres et couteaux flamands, bassins de cuivre à Amsterdam, barres de fer d’Espagne ou d’Europe du Nord, indiennes nantaises ou angevines, toiles de Silésie, Saxe ou Westphalie, verrerie de Murano ou de Bohême, etc. S’engager dans la marine négrière était une autre manière. A certaines époques, les équipages étaient très cosmopolites : les marins descendus des rives de la mer du Nord et de la Baltique côtoyaient leurs confrères du Sud : de Lisbonne, d’Espagne ou de Gênes. L’Europe négrière fut donc une réalité tangible. Les navires et leurs équipages, les cargaisons et les capitaux provenaient des quatre coins du continent, se croisaient et s’échangeaient pour une même cause : le commerce des nègres à la côte d’Afrique.”_

Histoire Géographie Créteil – La traite des Noirs en 30 questions par Eric Saugera: “Quelle Europe négrière ?”

Dans son édition du mercredi 14 janvier 2004, les journaux suisses La Liberté et Le Courrier consacrent un dossier relativement aux Suisses ayant fait commerce d'esclaves.

Ainsi, au Ghana, à Cape Coast, un ancien château fortifié a été un haut lieu de la traite négrière, reconnu lieu de mémoire de la traite négrière et inscrit au Patrimoine mondial de l'humanité de l'UNESCO. Or, cette plaque tournante de la traite négrière a été créée en 1652 par un Bâlois, Isaac Miville, au service de la Swedisch-Afrikanische Compagnie. Miville n'est qu'un des Suisses ayant participé à ce triste commerce triangulaire. On en trouve dans tous les secteurs liés à l'esclavage.

Si la Suisse a joué un petit rôle comparativement aux pays maritimes, il est considérable pour un pays sans accès à la mer.

De nobles familles doivent ainsi une partie de leur prospérité à ce commerce comme les Du Peyrou, de Meuron ou de Pury à Neuchâtel. Des établissements bancaires genevois tels que Thellusson et Necker (si, si le futur ministre de Louis XVI), Cottin ou encore Banquet et Mallet ainsi que la maison Picot-Fazy, finançaient la traite des esclaves africains. Plusieurs de ces banques privées existent toujours aujourd'hui : par exemple, la Banque Leu à Zurich, les Banques Lullin (qui a fusionné en 1795 avec la Banque Ferrier pour devenir la Banque Ferrier Lullin & Cie) et Banquet à Genève. En outre, des Suisses possédaient également des plantations aux Caraïbes ou au Surinam. De plus, des contingents suisses ont aussi aidé à réprimer des soulèvements d'esclaves notamment à Saint-Domingue.

Ce travail de mémoire sur cet épisode peu glorieux doit beaucoup à Hans Fässler, un enseignant du canton de Saint-Gall. Celui-ci cherchait un angle original pour commémorer le bicentenaire de la création du canton de Saint-Gall en 2003. En découvrant un autre bicentenaire, celui de la mort de Toussaint Louverture, héros de l'indépendance haïtienne, Fässler a poussé plus loin ses recherches et a découvert avec stupéfaction que des Suisses avaient participé au commerce négrier.

En 2006, Fässler compte publier le fruit de ses recherches en les complétant par des interviews des descendants de ces «colons» suisses. En attendant, les résultats de ses travaux sont en ligne sur son site internet. Si le site peut paraître confus au premier abord, il contient des textes fort intéressants.

Après la question des Fonds juifs, la participation de la Suisse a la traite négrière, via les cantons et des privés, est une autre occasion d'effectuer un travail de mémoire et de réflexion avec les élèves loin des images d'Epinal traditionnelles. Loin aussi de l'apparente platitude de l'Histoire suisse.

Sources en ligne Journal La Liberté : - Ils étaient Suisses, mais aussi négriers  - Des esclaves embarqués sur «L'Helvétie»

Journal de SolidaritéS : - Banques suisses et «black holocaust»

Article de l'encycolépie Wikipedia (en anglais) - Jacques Necker

Sur les banques suisses (le berceau des banquiers), on lira avec intérêt le rapport N° 2311.– Rapport de M. Arnaud Montebourg, au nom de la mission d'information commune sur les obstacles au contrôle et à la répression de la délinquance financière et du blanchiment des capitaux en Europe. Tome I. Monographies. Volume 3 – La Suisse